Thierry Brunello - Tous droits réservés.

Xinjiang

Karakul

(1992)

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

En territoire chinois, à quelques encablures des frontières pakistanaise et afghane, se déploie le lac Karakul. Formé par la fonte des glaces de deux géants de 7500 mètres, le Muztagh Ata et le Khongur, il accueille sur ses rives les peuples nomades ouïgours pendant la belle saison. L'herbe y est grasse pour les troupeaux en estive. Sur ces immenses paturages, les gardiens de troupeau galopent à cheval de père en fils. Quant au chameau de Bactriane, il sert plutôt au transport du matériel. À 3600 mètres d'altitude, l'été est court. Entre les dernières neiges de mai et les premières de septembre. naissent des villages de yourtes, disséminés autour des eaux turquoises du lac, les dunes de sable blanc, les vertes pâtures, les glaciers dominants et le bleu profond du ciel. S'ajoutent à cette palette de couleurs, les habits chatoyants des femmes ouïgoures.

L'immensité est ici reine. Et dans ce joyau de la nature, si loin de l'oppression de Pékin, autonomie et liberté ont encore un sens.

Mais pour combien de temps ?

 

Nous sommes arrivés en fin d'après-midi, lorsque le crépuscule embrasait les glaciers. Nous avons trouvé de quoi dormir dans le seul relais de route, rudimentaire et austère à souhait. L'unique lieu d'aisance se trouve à l'extérieur : une petite baraque en bois, sur pilotis. Je m'y aventure la nuit tombée. L'endroit est facile à trouver ; il suffit de suivre l'odeur...

J'escalade la petite échelle haute de deux mètres et me retrouve sur une plateforme, un unique trou au centre. Le rouleau de PQ dans une main, la lampe-torche entre les dents, l'arrière-train minutieusement placé au-dessus de la cavité et les cuisses en tension, j'opère sans anicroches, si ce n'est l'odeur pestilentielle qui remonte des tréfonds obscurs et m'oblige à respirer par saccades le minimum d'air vital.

La commission faite, je suis au bord de l'apoplexie. Je jette rapidement la feuille souillée dans le trou. Le rayon de la lampe-torche balaie involontairement le sous-sol. Redoutable erreur. La vision est cauchemardesque : à un demi-bras à peine pointe le sommet de la pyramide fécale. Alertés par le frais arrivage, des vers par centaines affleurent et grouillent dans une horrifique orgie. Parcouru d'un frisson glacé, le cœur au bord des lèvres et encore tout dépenaillé, je dévale l'échelle plus que je ne la descends. Les pieds sur la terre ferme, je pense enfin à remonter ma braguette, le nez en l'air pour emplir mes poumons d'air alpin. Mon regard butte invariablement sur la surface du lac que la pleine lune balaie de reflets argentés. L'immense forteresse glaciaire s'est parée d'un bleu quasi phosphorescent et la barrière des dunes qui coure au-delà du lac éclate comme la neige en plein jour. Partout, les feux des camps nomades brillent, reflets des constellations qui parcourent le ciel. La nuit enchanteresse balaie l'abject. Il faut bien ça pour oublier les affres de la condition humaine.

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

Xinjiang - Lac Karakul, Muztag Ata (7542m) - 1992

Xinjiang - Lac Karakul - 1992

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Xinjiang

Le marché de Kashgar

(1992)

Catherine C. - Tous droits réservés.

Kashgar - Votre serviteur - 1992

À l’extrême ouest de la Chine, au Xinjiang, autrement appelé le Turkestan chinois, se trouve la ville de Kashgar. Elle se situe précisément à égale distance de Pékin et de la capitale turque, Ankara.
Au cœur de l’Asie Centrale, coincée entre le désert du Taklamakan et les montagnes du Pamir, Kashgar fut très longtemps une étape majeure de la Route de la Soie. De cette tradition commerciale reste aujourd’hui son marché du dimanche. Depuis près de 1500 ans se déploie un immense bazar à ciel ouvert où se réunissent les paysans, les artisans, les négociants et les commerçants des régions et pays voisins. Chaque semaine, on vient d’Afghanistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Pakistan et du Tibet pour vendre et acheter. On y compte près de cinq mille étals d’artisanat, de bétail, de fruits et légumes, d’étoffes, de tapis, de couvertures, de foulards, de poteries et céramiques, de quincaillerie et autres objets de la vie courante… On y arrive en camion, en charrette, c’est un brassage de culture, une expérience pleine de saveurs, de senteurs et de couleurs. Le capharnaüm est baigné d’une douce lumière filtrée par l’omniprésence de la poussière du désert. Les discussions animées se font en toutes langues, même si le ouïgour est majoritaire puisqu’on se trouve ici sur les terres ouïgoures.
Mais cette identité culturelle millénaire n’est pas du goût du gouvernement central chinois. Tout comme pour le Tibet, le Turkestan fait face à une sinisation forcée. Des millions de chinois han sont « injectés » pour rendre minoritaire une population locale musulmane qui n’a rien en commun avec eux si ce n’est que tous se trouvent à l’intérieur d’une même frontière. Les quartiers historiques sont rasés pour laisser place à des tours sans caractère. Les prisonniers « politiques » sont légion, enfermés dans des centres de rééducation très éloignés des regards. Reste encore ce marché millénaire qui, s’il n’était pas le moteur majeur de l’économie régionale, aurait lui aussi depuis longtemps disparu.

 

Plonger dans cette fourmilière géante est une expérience hors du commun.

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Marché de Kashgar - 1992

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Lahore - Dans la vieille ville - 1990

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Catherine C. - Tous droits réservés.

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Xinjiang - Oasis de Turfan

Mémoire de pisé

(1992)

Située au cœur de la province autonome du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, l’oasis de Turfan fut une importante cité commerciale de la Route de la Soie. Elle a donné son nom à la dépression de Turfan, troisième point le plus bas du globe après la Mer morte et le lac d’Assal, également surnommée « la chambre des vents de la Chine » car plus de cent jours par an soufflent des vents de force 8 à 12.
C’est à partir de Turfan que l’on part visiter les ruines de Jiaohe, ancienne citadelle qui a protégé la région à l’époque des Tang (VII° au X° siècle) et qui comptait une multitude de monastères bouddhistes et de pagodes.

Plus loin, la grotte des mille bouddhas de Bezeklik reste aujourd’hui une coquille vide car pillée depuis des siècles par les archéologues occidentaux.

Quant à la cité de Gaochang, qui abritait au VIII° siècle une importante communauté manichéenne, elle fut dévastée par l'islamisation.

De ces lieux ne subsistent aujourd'hui que des vestiges de pisé se confondant à la terre aride. L'écoulement des eaux irriguées s'est tu, et les fantômes, comme la mémoire, se sont à jamais perdus dans le silence minéral.

 

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Oasis de Turfan - 1992

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Oasis de Turfan - 1992

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Dépression de Turfan - 1992

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Dépression de Turfan - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Jiaohe/Gaochang - 1992

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Bezeklik - 1992

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Bezeklik - 1992

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Bezeklik - 1992

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Bezeklik - 1992