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Écrire un roman, c'est voyager dans l'imaginaire. Mais l'inspiration se nourrit de la réalité.

Époques, lieux, personnages ou intrigues, les racines d'un roman sont profondes. Explorez mes CHEMINS D'ÉCRITURE.

Quand on écrit, on lit beaucoup. Mes coups de cœur sont sur L'ÉTAGÈRE DU HAUT.

Pour les news de mon univers littéraire, c'est l'ACTUALITÉ.

Et pour les plus curieux, ouvrez L'AUTRE PORTE.

 

Bonne lecture...

1 2 ACTUALITE CHEMINS D'ÉCRITURE L'ETAGERE DU HAUT L'AUTRE PORTE

On en parle sur le web : EmiLucie

11/10/2020

On en parle sur le web : EmiLucie

MON AVIS

L’histoire se situe sur une île bretonne, l’île de Kérouec.

Lors de l’année 1968, un cirque débarque sur l’île pour y donner une unique représentation. Nul ne sait comment le cirque a pu arriver jusque là, mais cette soirée entraînera de grandes perturbations sur la vie de l’île. Les habitants au lieu de mourir se retrouvent plongés dans un coma inexpliqué. L’événement fait la Une des informations nationales pour ensuite retomber dans l’anonymat. Le prologue nous narre ce bouleversement et fait appel au folklore breton. Ici, la mort est une personne réelle : l'Ankou.

En 2018, une jeune médecin Flore arrive tant bien que mal sur l’île pour établir un bilan de santé de Tristan Kerjean, ancien capitaine à la dérive. Son esprit vogue dans le passé. Elle est accueillie par Anaël, majordome de la famille Kerjean. Personnage au combien énigmatique dont on ne connaît pas l’âge.

Le récit alterne entre les découvertes que Flore fait sur la famille Kerjean  et les pensées plus ou moins délirantes de Tristan. Son esprit est bloqué dans le passé à l’époque où le fameux cirque est venue sur l’île.

Au fil de la lecture, les mystères de l’île sont dévoilés, passé et présent s’entremêlent pour mieux se rejoindre dans un final éblouissant.

J’ai lu ce roman d’une traite et n’ai pas réussi à le lâcher. Les transitions entre les deux époques de l’histoire sont très fluides, on glisse d’une époque à une autre sans s’en rendre compte. L’auteur a fait preuve d’une très grande habilité pour relier ces deux récits. Cette histoire d’amour contrariée mêlée à un brin de vengeance m’a envoûtée. L’auteur nous offre un magnifique conte onirique empreint de poésie et de mélancolie. Le style de l’auteur m’a beaucoup fait penser à la manière de conter de Neil Gaiman. J’ai également trouvé que les descriptions de l’auteur sont très cinématographiques. L’auteur nous propose un monde onirique mélange de Moulin rouge, Tim Burton et d’Une sirène à Paris. Un vrai délice.

 

EN BREF

Cette fable onirique est un véritable coup de coeur. L’auteur entremêle folklore breton, créatures de cirque, amour et vengeance avec une très grande habilité.

 

C’EST UN PEU COMME

"Le Faucheur" de Terry Pratchett : la Mort est renvoyée et les gens ne meurent plus.

Coup de cœur : ALAMUT

25/09/2020

Coup de cœur : ALAMUT

Retranché dans sa citadelle dominant la plaine, le grand maître Hassan Ibn Sabbâh mène, à la fin du XIe siècle, une guerre sainte en Iran. Il n'a que peu de soldats et seuls ses proches le connaissent intimement. Parti de presque rien, sans armée, sans terre et sans guère d'appuis à la cour, il dominera le monde. Des hommes seront prêts à mourir pour lui avec le sourire aux lèvres. Des foules entières se prosterneront sans combattre. Un millénaire plus tard, la manipulation des masses, telle qu'il la pratiqua, continue d'ébranler les empires modernes.   Mélange d'aventures et de philosophie politique, Alamut n'évoque la violence des complots d'alors que pour mieux renvoyer aux problèmes cruciaux des civilisations modernes.

 

« ... je partage l'humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu'il en est des réalités, et l'énorme majorité qui ne sait pas. » Vladimir Bartol

 

 

Julie Voisin - Réalisatrice

28/06/2020

Julie Voisin - Réalisatrice
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La chanson qui a donné son nom à UN JOUR TU VERRAS

20/06/2020

La chanson qui a donné son nom à UN JOUR TU VERRAS

En 1954, la chanson Un jour tu verras a été écrite pour le film de Henri Decoin, « Secret d’alcôve », dans lequel Marcel Mouloudji l’interprétait lui-même. Si le film se fait vite oublier, la chanson, elle, va devenir un succès populaire et asseoir définitivement la notoriété du chanteur.

 

Derrière les paroles légères et poétiques, Mouloudji y révèle pourtant une profonde mélancolie. Il n’y a rien d’étonnant à cela quand on sait que Mouloudji et Jacques Prévert se côtoyaient.

 

Un jour, tu verras,

On se rencontrera…

 

C’est l’histoire d’un homme qui, au cours d’un bal populaire va tomber amoureux d’une femme.

 

L'emploi du futur incarne l’espoir. Pourtant, le temps passe. Et avec le temps, la vie s’en va. L’atmosphère devient désuète. Les couleurs ternissent, et peu à peu s’installe la tristesse, avec ces âmes grises, cette brume et cette mélancolie. Le bal se dissous dans ce brouillard et on comprend peu à peu que le futur parle du passé. Un passé révolu, regretté. La rencontre a déjà eu lieu.

Il s’agit d’un souvenir. Le souvenir d’un amour à jamais perdu.

 

Vers une fin du monde

Vers une nuit profonde.

 

On pourrait presque croire que l'être aimé n'est plus de ce monde.

Et cet accordéon qui tente de sourire pour ne pas pleurer.

 

Le Capitaine Kerjean cherchait déjà Carmen lorsque cette chanson est arrivée à mes oreilles. L’écho était trop grand, la corrélation trop forte pour que j’en reste sourd. Un jour tu verras a envahi l’esprit du vieux marin, l'univers du roman tout entier, et ne les a plus quitté, jusqu’à la dernière ligne.

 

La musique dans UN JOUR TU VERRAS

18/06/2020

La musique dans UN JOUR TU VERRAS

La musique est omniprésente dans UN JOUR TU VERRAS.

Elle intervient diégétiquement, c'est à dire qu'elle fait partie intégrante du récit. Un piano, une radio... mais elle peut aussi surgir de manière incongrue, comme dans une comédie musicale.

 

Au-delà de la chanson éponyme de Mouloudji, qui est à elle seule un nœud central du récit, on découvre deux univers musicaux qui s'affrontent, à l'image de deux générations :

 

Le "vieux monde" est illustré par la puissance poétique du "Prélude à l'Après-midi d'un faune", de Debussy. Puis, plus proche de nous, le joyeux "C'est Magnifique" de Luis Mariano, que mes parents écoutaient en boucle sur le tourne-disque. Mais aussi "Raining in my heart", de Buddy Holly, avec son charme suranné des années 50.

 

Arrivent ensuite les chansons du "renouveau", celui des années 60, avec sa jeunesse éprise de liberté, bien décidée à briser le carcan étouffant de la bourgeoisie. Léo Ferré chante "C'est extra", qui fit scandale à l'époque, "California Soul" de Marlena Shaw deviendra un hymne hippie, et surtout le sulfureux et punk "Down to the Streets" des Stooges avec son emblématique leader Iggy Pop.

A noter que ces trois chansons sont sorties en 1969, alors que l'intrigue du roman se déroule un an plus tôt.

Pourquoi cet anachronisme ? Je vous laisse le découvrir...

 

 

N'hésitez pas à les ré-écouter (ou les écouter). Elles murmureront à vos oreilles pendant la lecture.

 

Illustration : The Stooges - 1969

UN JOUR TU VERRAS et son rapport au Cinéma

18/06/2020

UN JOUR TU VERRAS et son rapport au Cinéma

Au début des années 1900 en Angleterre, une jeune veuve, Lucy Muir, étouffant à Londres, décide de louer un cottage dans la station balnéaire de Whitecliff. Elle s'y installe avec sa fille Anna et sa fidèle servante Martha. La maison est hantée et, dès le premier soir, elle surprend l'apparition fantomatique de l'ancien propriétaire, Daniel Gregg, un capitaine de la marine bougon et espiègle.

La location du cottage n'étant pas donnée, Lucy connait rapidement des problèmes d'argent. Daniel lui propose alors de dicter ses mémoires, qu'elle publiera sous son nom. Au cours de l'écriture du livre, une grande complicité s'instaure entre eux...

 

Ainsi commence l'histoire, imaginée par l'écrivaine britannique R. A. Dick, que Hollywood a adapté en 1947 sous la férule talentueuse de Joseph Mankiewicz. Une adaptation très fidèle au roman, pour son élan romanesque, son atmosphère mystérieuse et sa mélancolie débordante. De ce chef d'œuvre, Mankiewicz dira lui-même : "Il y a le vent, il y a la mer, il y a la quête de quelque chose d’autre… Et les déceptions que l’on rencontre. Ce sont là des sentiments que j’ai toujours voulu transmettre, et je crois bien qu’on en trouve trace dans presque tous mes films."

 

J'ai redécouvert ce film il y a six ans. N'hésitez pas vous-mêmes à le voir ou le revoir. Lorsque vous lirez "Un jour tu verras", vous saisirez alors toutes les associations, les ponts et les corrélations qui jalonnent mon roman.

 

Dans une moindre mesure, "Un jour tu verras" fait également référence à Rebecca, de Daphné du Maurier, pour l'atmosphère pesante du manoir de Manderley et la présence inquiétante de sa servante. À ceux qui ont encore en tête l'adaptation qu'en a faite Alfred Hitchcock, vous n'échapperez pas au clin d'œil sur l'arrivée de Flore au domaine Kerjean.

 

.                                     

Rebecca - Alfred Hitchckock - L'arrivée à Manderley

L'Ankou dans UN JOUR TU VERRAS

17/06/2020

L'Ankou dans UN JOUR TU VERRAS

L’Ankou semble être un héritage de la mythologie celtique, et plus précisément du Dieu-Père dont la fonction est la perpétuation des cycles vitaux, comme la naissance et la mort, les saisons, le jour et la nuit.

Il ne représente pas la Mort elle-même, mais son serviteur. Son rôle est de collecter dans sa charrette (karrigell an Ankoù) les âmes des défunts récents. C’est un « passeur d’âmes ».

Lorsqu’un vivant entend le bruit grinçant de la charrette (wig ha wag !) c’est qu’il ne va pas tarder à passer de vie à trépas.

 

On dépeint l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d’un large feutre, tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul, et dont la tête vire sans cesse sur sa colonne vertébrale, telle une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir.

Il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires car son tranchant est tourné vers l’extérieur. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui quand il fauche ; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.

Dans certaines légendes, l’Ankou tue sans faucher réellement. Le simple fait de l’approcher, de l’entendre passer ou à plus forte raison d’échanger des paroles avec lui, suffisent à causer la mort.

C’est le triste sort de Fanch ar Floc’h, ce talentueux forgeron qui, absorbé par son ouvrage, travailla le soir de Noël jusqu’après l’heure sainte de minuit. L’Ankou lui rendit alors visite pour faire réparer sa faux. L’homme accomplit sa tâche sans se douter de l’identité de son hôte et mourut à l’aurore.

 

On dit que pour chaque paroisse, le dernier mort de l’année devient l’Ankou de l’année suivante.

Le jour, il est également présent à travers les sculptures à son effigie qui ornent les ossuaires, rappelant toujours aux hommes la fin à laquelle ils ne peuvent se soustraire. Et ces mots gravés sur la pierre de nous mettre en garde : « La Mort, le Jugement, l’Enfer froid : quand l’Homme y pense, il doit trembler. »

 

Par extension, L’ANKOU DE RENNES est le club français de football américain de la capitale bretonne.

 

 

(Propos recueillis principalement sur le site Hellystar)

(Illustration : L'Ankou, the workman of Death2 / krukof2)

ROSSIGNOL, CHANTE ! ou la question démocratique

16/06/2020

ROSSIGNOL, CHANTE !  ou la question démocratique

L'homosexualité est encore considérée comme transgressive par une majorité mondiale. 
Ce sont dans les sociétés démocratiques qu'elle est aujourd'hui la mieux tolérée, envers et contre tout. Il y a donc un lien évident entre la raison démocratique et l'acceptation de l'homosexualité. Les homophobes en quête de liberté devraient y réfléchir. Il y a assez d'exemples dans l'Histoire pour savoir que l'intolérance et la manipulation populiste conduisent au totalitarisme. On croit toujours que c'est pour les autres, mais lorsqu'on commence par refuser la liberté à une minorité, c'est sa propre liberté, à terme, que l'on met en danger. Les hégémonies politico-culturelles actuelles construisent leurs discours sur la peur et le cynisme sans qu'aucune pensée ne vienne plus véritablement s'y opposer. Comme si le sens critique avait capitulé. 

"Rossignol, chante !" est un recueil de nouvelles centrée sur des personnages homosexuels mais il s'adresse à tout un chacun. Aux gays, pour leur dire combien les luttes passées ont été difficiles et que les oublier met en péril leur liberté actuelle, si précieuse et fragile. A tous, pour tester leur vigilance, pour combattre le repli sur soi et le cynisme, qui sont les signes précurseurs d'une soumission à un pouvoir totalitaire que l'on aura nous-mêmes généré.

C'est de cela que parle "Rossignol, chante !" à travers cinquante ans de parcours d'un homosexuel (qui n'écrit pas que de la littérature gay), dont l'expérience de vie a engendré huit nouvelles fictionnelles qui, de l'enfance à l'âge adulte, de la caresse au jeu SM, questionnent l'homme sur son pouvoir de bienveillance et de nuisance, sur sa capacité à accéder à la liberté, cette quête universelle du bonheur.

 

https://www.thierry-brunello.com/Livres.i.htm

 

"Rossignol, chante!" est en commande chez votre libraire ou directement chez Mon Petit Éditeur : https://www.monpetitediteur.com/rossignol-chante.html/

Pierre Loti et la mémoire des lieux

13/06/2020

Pierre Loti et la mémoire des lieux

 

Nulle ville française n'est plus austère que la cité militaire et protestante de Rochefort. Tout près, dans les marais, le port de Brouage, aujourd'hui en pleine terre comme Rochefort, vit partir un natif fameux, Samuel de Champlain. Mais ce fut La Rochelle qui l'emporta: elle seule s'ouvre toujours sur l'océan.

Rochefort ne compte pas seulement sur sa corderie royale pour attirer le passant. Derrière les murs anonymes d'une rue quelconque, se cache un bijou d'orientalisme, une maison de rêve dans laquelle un certain Julien Viaud naquit en 1850. Y enfermant sa mère, sa femme et son fils, il allait la quitter pour de longs voyages, au terme desquels il transformerait tout. D'abord son nom, qu'il doubla du pseudonyme Pierre Loti, puis cet invraisemblable musée, théâtre d'une vie désormais ni huguenote ni provinciale, celle d'un sympathique hurluberlu romancier, grand voyageur militaire.

Sur une photo de 1907, on voit le capitaine de corvette à Constantinople, où il vécut une piquante aventure amoureuse, lui qui aimait les hommes, avec une jeune épouse de harem, entrevue à travers des persiennes à Istanbul. Il avait alors 26 ans, un bel âge pour oublier le monde sur les eaux de la Corne d'or, caché sous un caftan et n'en sortant que pour se glisser entre les voiles d'une inconnue mutique. Audacieuse navigation.

Gide ne crut rien de l'affaire, mais Loti mystifia tout le monde. D'abord, il voulut se faire musulman, puis ramener la jeune personne à Rochefort, lui qui était marié. Est-ce pourquoi il embarqua sur son navire, vers la Vendée, en la laissant au port? Il lui écrivit, elle aussi, lui peut-être un peu moins emballé qu'il ne criera son chagrin. Car, quand il revint en Turquie, elle était morte. Il allait alors écrire Aziyadé.

 

Évasion

 

Dès sa première solde, il avait acheté des armes africaines, des masques polynésiens, des peaux de girafe. Imaginez sa mère, à Rochefort, chargée d'accueillir le bric-à-brac troqué aux indigènes. Elle voit la maison familiale étriquée dériver sur la vague de la fantaisie insondable de son fils. Il nomme la première pièce à devenir originale la Chambre océane. Et vient rapidement une seconde, la Salle turque.

Ce sont des lieux hautement colorés, qui disent l'enthousiasme de l'exotisme et la mélancolie du retour. Dans les petites pièces où il fait escale, il ressuscite les apparitions aperçues ailleurs, s'enivre de moments hors du commun, efface les contingences et le trop-plein de réalité familiale et sociale. L'astucieux personnage collectionne aussi les conquêtes féminines, il commande des repas extravagants, pour la meilleure société de l'entourage, et lance, très à l'avance, des soirées costumées, à thème. Insensé Loti! Il compose des saynètes pour enchanter ses invités. Et il se fait donner la répartie, sacrifiant aux rites de tel derviche, ayatollah ou seigneur médiéval.

«Les lieux où nous n'avons ni aimé ni souffert, écrit-il, ne laissent pas de trace dans notre souvenir. En revanche, ceux où nos sens ont subi l'incomparable enchantement ne s'oublient jamais plus.» Après son séjour à Tahiti, où il retrouve le passage de son frère mort, il aime les îles autant que sa maison natale. Cela donne Mon frère Yves. Mais il agit au contraire de Proust: ces lieux, il ne les transpose pas, il les importe et les recrée chez lui, quitte à en prolonger le souvenir dans de délicieux petits romans, auréolés de joie. Le Mariage de Loti, Roman d'un spahi, Pêcheur d'Islande.

Il possède maintenant un catafalque, des tapis, des sabres et des burnous, des chambres couvertes de mosaïque, des objets de mosquée, des lampes et ostensoirs, le narguilé sur le brocart, ses turqueries. Il se fait photographier dans de multiples rôles, en pharaon, en émir, en pêcheur breton, en mandarin chinois.

Sur fond de décadence et de volupté étourdissantes, plus amusantes que la chambre fanée de Des Esseintes, imaginée dans À rebours de Huysmans, le roman décadent par excellence de la fin du XIXe siècle, il se garde toutefois une chambre austère, digne d'un protestant. Là, une couche militaire et un broc d'eau rappellent la discipline, qui est aussi la sienne lorsqu'il écrit. Dans cette chambre, il a son bureau d'écrivain.

«Mon coeur est plus changeant qu'un ciel d'équinoxe», formulait-il en une élégante pirouette. Il disait tout en n'expliquant rien, avec art. Il charma Sarah Bernhardt, qui fit le voyage de Paris jusqu'à Rochefort, Anna de Noailles et tant d'autres; mais il leur donna de belles rivales, la mer, ou Blanche, cette épouse qu'il consigna au Salon bleu, entre les boiseries et le cristal, avec ses jours de réception et lui les siennes, tandis qu'il se retirait au Salon rouge, où il dormait en matelot, par terre.

Il n'y avait pas, bien sûr, de salle de bains; le jardin était étriqué et le mobilier authentique, parfois un manteau de cheminée gothique ou un vitrail médiéval, beaucoup trop imposant pour des pièces étroites, sans recul possible. Invivable, la maison de Loti, c'est sûr.

 

Caracolant maître de cérémonie

 

Mais il savait renouveler ses surprises. Il poussa l'exotisme vers le Japon. Il avait mis la main sur une importante dot apportée par l'épouse; ses droits d'auteur devenaient substantiels. Il ajouta des tapisseries d'Aubusson, fit disparaître les murs sous des boiseries gothiques, acheta des fenêtres à ogives dans une église en démolition et des pièces d'armure, bref il battit les antiquaires à la ronde et dégotta des merveilles. Le 12 avril 1888, il recevait, en manteau d'hermine, le Tout-Paris avec sa dame pour un repas Louis XI! Aux invités d'apporter leur gobelet d'argent. Ce fut une mémorable agitation de maison, au service et au menu exceptionnels, dans un espace grand comme un corridor.

Loti défraie la chronique, à tel point que ses extravagances font envie à Paris. Il a même fait transporter la tombe d'Aziyadé à Rochefort, mais certains flairent la supercherie. Il passe, en tout cas, pour une sorte de diplomate, un écrivain capable de parler en bien de l'Empire ottoman. Alphonse Daudet soutient sa candidature à l'Académie: on en demandera davantage à Yourcenar, plus tard! Mais, pour Loti, les Immortels font mine d'ignorer ses frasques dans les villes arabes, tout comme ses poses en tutu avec l'air canaille. C'est que, politiquement, il sert à écarter Maupassant ou Zola de l'Académie. Mais à peine élu, il ferraille tantôt contre les naturalistes, tantôt pour eux, tournant l'affaire — et même son élection — à la farce.

Puis, il achète une nouvelle maison, à Hendaye, au Pays basque. L'anecdote veut qu'il y ait fait murer les portes de son bureau et installé une corde lisse au balcon, par laquelle il grimpait dans son repère! Mais le hardi coureur d'aventures continue de sillonner les mers, accompagnant ses expéditions de textes enflammés. Comme Rimbaud, il se rend en Abyssinie et au Moyen-Orient. Sa langue s'épure dans Au Maroc, Le Désert, Vers Ispahan. Puis il découvre l'Inde, et il en retire L'Inde sans les Anglais; ces récits ont été réédités pour leur couleur locale et pour leur réel charme. Cela se lit toujours bien: Loti n'est jamais ennuyeux.

 

Capharnaüm

 

Après la mort de sa mère, en 1896, dont il épanche le chagrin dans Cette éternelle nostalgie. Journal intime 1878-1911 (La Table ronde, 1997), il continue à enrichir sa maison saugrenue de Rochefort. On y compte la Chambre arabe, la Salle paysanne, la Pagode (disparue aujourd'hui) et une superbe mosquée, le clou de l'édifice, si savamment divisée et recomposée, dans l'espace d'un mouchoir de poche, que vous y perdez rapidement le sens de l'orientation. Dans cette mosquée de son cru, le plafond de cèdre, déménagé avec d'infinies précautions d'une mosquée en démolition à Damas, imite celui de l'Alhambra; supporté par des colonnes de marbre, il abrite une fontaine intérieure. Des cénotaphes couverts de soieries orientales semblent attendre les célébrités dont les photographies, dans la salle d'à côté, hantent les lieux.

L'affaire Dreyfus éclate, et Loti, un peu plus sérieux que d'habitude, se range du côté de Zola. Mais il préfère se retrouver à Pékin, ce qui n'est pas banal au tournant du siècle, et vaut un salon chinois à Rochefort. Et soudain le voici au Japon, en Égypte, à New York même! Sa femme le quitte, exaspérée par ses frasques. Au bout de l'aventure, le petit homme aura fait dix fois le tour de la terre et publié une quarantaine d'ouvrages.

Il est enterré, en 1923, selon sa volonté, à Saint-Pierre-d'Oléron, dans la dernière demeure qu'il acheta et nomma La Maison des aïeules, dans l'île d'Oléron; une maison où il n'a jamais vécu. Sa maison de Rochefort, rue Saint-Pierre devenue rue Pierre-Loti, est aujourd'hui un musée municipal, qui offre des visites guidées. La promenade vaut, sinon le voyage, du moins le détour.

Proust aimait bien Loti, André Breton le traitait d'idiot, et le critique Edmond Jaloux, qui soutint Marguerite Yourcenar dès ses débuts, le trouvait humain.

Les romans de Pierre Loti ont été rassemblés en un volume paru en 1989, aux Presses de la Cité, coll. «Omnibus».

Les plus belles bibliothèques du monde #4

12/06/2020

Les plus belles bibliothèques du monde #4

La BIBLIOTHÈQUE NAKAJIMA de l'Université d'Akita.

Située au cœur d'une forêt luxuriante, la bibliothèque Nakajima a été construite en 2008 sur des principes facilitant la relaxation et la concentration. 

Sa forme typique du Colisée romain, avec sa conception semi-circulaire caractéristique, faciliterait l’apprentissage, permettant aux élèves de se familiariser avec les livres et la lecture.
La structure raffinée et élégante de son toit représente une demi-ombrelle géante. Construite en cèdre japonais, elle utilise les techniques de construction anciennes de la préfecture d’Akita, réunissant esthétisme, symbolisme, ergonomie et para-sismique.

L’odeur du cèdre qui s’en dégage est considérée comme très relaxante. Parmi le mobilier, "parfumé" lui aussi, les chaises sont de trois couleurs. Chaque code couleur indique une hauteur d’assise différente. Ici, on ne plaisante pas avec la fatigue physique des étudiants qui peuvent passer de longues heures à étudier. Pour ceux qui ont besoin de tranquillité supplémentaire, des boxes sont aménagés à l’abri du bruit et du regard des visiteurs curieux.
Ce lieu, où fusionne beauté et fonctionnalité, est considéré par les Japonais comme une bibliothèque vivante. Et ce n’est pas peu dire puisqu’elle est la seule bibliothèque du Japon à rester ouverte 24h/24 et 365 jours par an. On l’appelle d’ailleurs « la bibliothèque qui ne dort jamais ».

 

Les plus belles bibliothèques du monde #3

11/06/2020

Les plus belles bibliothèques du monde #3

La BIBLIOTHEQUE JOANINA, située sur le campus de l'université portugaise de Combria, est un chef d'œuvre de l'art baroque.

 

Le roi du Portugal, Joào V, était un ami des Arts et Lettres. Au cours de son règne, il s’est entouré des plus grands artistes de son époque et a financé avec un cinquième de l'impôt en or provenant des mines du Brésil, de nombreuses constructions baroques. La bibliothèque Joanina, édifiée entre 1717 et 1728, en fait partie. Un grand tableau représentant le monarque trône d'ailleurs au fond de la Bibliothèque.

L’édifice est composé de trois grandes salles dont le mobilier en bois précieux est rehaussé d’une somptueuse décoration en bois doré. Des motifs chinois dorés sont peints sur une laque de couleur différente selon la salle : vert, rouge ou or.

L’accès aux rayons supérieurs se fait par des escaliers ingénieusement encastrés dans les piliers. 30 000 livres et 5 000 manuscrits y sont classés par matières. La collection abrite désormais des ouvrages datant du XVIe au XVIIIe siècles.

On connaît le nom du maître d’oeuvre et des nombreux artistes portugais et étrangers qui ont travaillé à la réalisation de ce chef-d’œuvre de style baroque, mais pas celui de l’architecte qui est à l’origine de cette construction colossale dont les murs qui ont plus de 2 mètres d’épaisseur maintiennent une température constante.

Depuis trois siècles, les boiseries, rayonnages et les ouvrages sont protégés contre les parasites xylophages et bibliophages par une colonie de chauves-souris. Chaque soir, les imposantes tables de lecture en bois précieux sont recouvertes par des couvertures en cuir pour les protéger des déjections des chauves-souris, actives la nuit. Chaque matin, le sol en marbre est nettoyé.

 

 

(photo : Thibaud Poirier)

COUP DE CŒUR : La porte des Enfers

30/05/2020

COUP DE CŒUR : La porte des Enfers

Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être : son petit garçon est mort. Nuit après nuit, à bord de son taxi vide, il s'enfonce dans la solitude et parcourt au hasard les rues de la ville. Un soir, dans un minuscule café, il fait la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre...

 

Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C'est dans la conscience de tous les deuils -les siens, les nôtres- que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l'histoire de l'Humanité.

Solaire et ténébreux, captivant et haletant, La porte des Enfers nous emporte dans un voyage où le temps et le destin sont détournés par la volonté d'arracher un être au néant. (Babel)

 

(Photo couverture : David Allan Harvey/Magnum Photos)