Thierry Brunello - Tous droits réservés.

ITALIE

Trois jours à Venise

En s'enfonçant un peu plus dans le canevas étroit du décor, les présences humaines s’étiolent et les sons du quotidien deviennent plus audibles. Des bruits familiers s'échappent d'issues entrouvertes ou passent par-dessus les murs qui masquent cours et jardinets. Miaulements de chats, tintements de vaisselle, piaillements de perruches, rires d'enfants et autres lointains éclats de voix, toute cette rumeur intime, ce vacarme chuchoté réverbéré par l'étroitesse des rues, rappelle que Venise, dans sa dimension populaire et labyrinthique, partage la langueur des casbahs et des médinas.

Au fil des détours, les tons crème, rose, grenat et safran des venelles se transforment et se fondent, et les splendeurs des maisons décaties se dégradent en nuances infinies. Tout se reflète dans l'eau vert sombre des canaux, dont les crêtes louvoient sous le nez effilé des rares gondoles et lancent dans leur sillage des éclairs subits sur les façades qui la bordent. C'est au croisement des canaux qu'on distingue le mieux les outrages que subit la ville ; les multiples marées ont tellement rongé le soubassement des bâtiments, le temps a si bien descellé les pierres, que certaines maisons semblent littéralement flotter au-dessus du chatoiement des eaux.

Le soleil darde ses rayons obliques qui dans l'air épais jouent inlassablement avec les avant-toits et les étroits balcons. Dans cet enchevêtrement de pierre et d'eau se multiplient à l'infini les carrefours, les impasses, les raccourcis, les escaliers dérobés et les passages cachés. Puis s'ouvre soudain une piazzetta ou un campo qui permet au promeneur errant de retrouver quelques repères et d'aspirer du regard un rassurant carré de ciel.

Calle Querini, deux supporteurs de la Lazio devisent énergiquement avec un fan de la Juve, maltraitant la voix d'Adriano Celentano qui s’échappe d’une boutique de disques. Sous le Palazzo Avogado, un gondolier astique les ferrures de sa fière embarcation alors qu’un autre fume nonchalamment à l'ombre d'un petit pont en attendant le client. Au milieu du Campo Santa Maria Formosa écrasé de soleil, un portraitiste croque le visage rougeaud d’un touriste bavarois abrité sous un parasol et qui rêve d'une bière fraîche. Au pied de l’église aveuglante, un cireur de rue se démène pour faire reluire les chaussures trop usées d’un Viennois plongé dans son journal. En face, quatre vieillards d’un autre temps jouent à la Scopa autour d’une table de camping et d’une bouteille de Verduzzo Friulano.

 

Le décor est planté.

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