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ALGÉRIE

Omar

Omar m'a très vite pris sous son aile. Dès les premières minutes de notre rencontre. Dans la banlieue de Tamanrasset, alors que nous chargeons la jeep des provisions indispensables à notre périple, notre complicité est scellée.

C'est mon premier grand voyage, je n'ai que dix-neuf ans. Omar en a le double, il dépasse mon mètre quatre-vingt six, et son regard sombre, cadré dans l'ouverture de son cheich, assume avec fierté le noble héritage des tribus touarègues. Bref, il impressionne, et je ne peux que lui être reconnaissant de l'intérêt qu'il me porte.

Il s'apprête à me faire traverser certains joyaux du Sahara : l'Atakor, le Tassili du Hoggar puis les étendues infinies de l'Amadror jusqu'au pied des Ajjers.

Toute "première fois" marque généralement l'esprit d'une trace indélébile, et ce premier grand voyage sera pour moi un enchantement. Omar y participera grandement en m'incluant chaque soir dans le cercle intime autour du feu de camp. Sous la pureté du ciel saharien, lui et ses compagnons me conteront les invraisemblables récits, heureux ou tragiques, colportés par les caravanes qui parcourent depuis des siècles ses immenses étendues.

 

 

 

 

En plus de son amitié, Omar me fera deux autres cadeaux : un magnifique scorpion jaune, qu'il tuera sur les contreforts d'El Ghessour. Je le conserverai près de trente ans. Et une pointe de flèche préhistorique, sculptée dans un basalte gris, qu'il ramassera sur les sables de Tin Tarabine.

Cet objet qui a défié le temps, je l'ai toujours aujourd'hui.

 

 

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Tassili du Hoggar - 1985

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Omar - 1985

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Tassili du Hoggar, anciennes terres volcaniques - 1985

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ALGÉRIE

Un thé au Sahara

Enterré sous le sable, le pain cuisait. Au-dessus, la théière ronronnait, et encore au-dessus, les étincelles du feu de camp se frayaient un chemin vers les étoiles. Le temps glissait. Ou peut-être s'était-il arrêté ? Nous parlions à peine, trop occupés à siroter le thé corsé. La menthe embaumait l'air. Les pitons rocheux de Tan Ahaggar avaient beau être invisibles, leur présence imposait. Ils nous surveillaient.

Omar monta très haut la théière. Le thé crépita une deuxième fois dans les verres. Celui-ci allait être plus doux.

J'avais encore dans les yeux les mille merveilles que cette journée m'avait offerte. Au matin, nous étions partis plein est pour traverser une zone de petits volcans qui, sous les mirages de chaleur, avaient perdu leur base et flottaient au-dessus du désert sur leur ventre rond, telles d'immenses soucoupes volantes.

Omar avait ri de ma comparaison.

- Tu verras, m'avait-il dit, demain, tu seras sur une autre planète.

Puis il avait tapoté le volant de la jeep en rajoutant :

- Et pas besoin de soucoupe volante !

Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait, moi qui étais déjà sur une autre planète.

Le thé crépita une troisième fois. C'était le dernier, le plus sucré. Omar me tendit le verre.

- Ali, dit-il soudain. Je vais t'appeler Ali.

Depuis la veille, il voulait me donner un nom de chez lui.

- Pourquoi Ali ?

Le Touareg avala une gorgée brûlante, laissa le silence discourir avec la nuit, puis répondit :

- Tu ressembles à Ali. Le cousin du Prophète.

 

Tapies dans l'obscurité, les sentinelles de pierre, silencieuses. ne le contredirent pas.

 

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Les sentinelles de Tan Ahaggar

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"Ali"

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Hoggar, terrain de jeu

Extrait des Carnets sahariens, de Roger Frison-Roche.

 

Deux jours après avoir quitté Issakharassen et avoir franchi le massif d'In Tarain au col Tahin  Taratik (2590 mètres), nous arrivons au pied de l'Assekrem.

À notre gauche, les deux pointes du Tezouai se dressent fièrement ; à droite, la Saouinan, magnifique obélisque de basalte, monte la garde au pied de l'ermitage d'été du Père de Foucauld.

Pour bien faire, il faudrait installer à cet endroit un camp fixe pour plusieurs jours. De nombreux sommets pointent, en effet, dans toutes les directions : nous sommes en plein cœur de l'Atakor. (...) Pour l'instant, il est nécessaire de prendre une décision. Nous nous sommes installés sous la tente relevée en forme d'abri contre le soleil. Mohamed et Bombi viennent prendre les ordres.

- Mohamed, jusqu'à quand pouvons-nous rester ici ?

- Il faut partir tout de suite, mon Captan, nous n'avons plus que trois jours d'eau.

- Et où se trouve le prochain point d'eau ?

- Dans l'oued Ilamane, à deux jours de chameaux.

- Dans ces conditions, reprend Coche, il va falloir choisir. Nous devons essayer aujourd'hui même l'ascension d'une des deux pointes. Laquelle te paraît la plus intéressante ? Le Tezouai ou la Saouian ?

Je jette un regard vers les deux sommets qui d'une part et d'autre de la vallée, nous narguent (...)

- Tentons la Saouian, dis-je à Coche. Elle nous promets du beau sport.

 

 

 

 

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Hoggar - Massif de l'Atakor vu de l'ermitage du Père de Foucauld - 1985

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Destination Mars

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Moul N'aga - 1989

Le Sahara.

Ses espaces sans limites nous confrontent à nous-mêmes. Invariablement, ils interrogent notre petitesse, notre fragilité, révélant la futilité et la brièveté de notre existence.

Le voyage ne se fait donc pas seulement sur la crête des dunes, mais également à l'intérieur de soi.

Dans l'espace intersidéral, l'expérience de l'astronaute doit être encore plus vertigineuse.

 

Nous avons quitté les sables ocres de Moul N'aga et cherchons désormais l'entrée de la Tadrart à travers un labyrinthe d'entablements rocheux enchâssés dans un sable de plus en plus grenat. Par endroit, il paraît presque violet tant le ciel le nourrit de son bleu profond. Aux heures les plus chaudes, nous nous abritons à l'ombre d'une arche géante sculptée par les vents millénaires et les rivières d'un temps révolu, celui où s'abreuvaient ici girafes et léopards.

Puis nous reprenons notre odyssée, progressant vers l'est dans des corridors étroits.

En milieu d'après-midi s'ouvre devant nous une vaste plaine : Tin Merzouga.

C'est un monde étrange. Un monde qui n'est pas de cette Terre.

J'ouvre la portière de la jeep, ébahi, tandis que mon pied se pose sur le sol de Mars.

 

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La Tadrart - 1989

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La Tadrart

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La Tadrart

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La Tadrart - Tin Merzouga

 

 

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La Tadrart - Tin Merzouga

 

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"Mars"

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La magie des sables

"Nous nous sommes nourris de la magie des sables, d'autres peut-être y creuseront leurs puits de pétrole et s'enrichiront de leurs marchandises. Mais ils seront venus trop tard. Car les palmeraies interdites, ou la poudre des coquillages, nous ont livré leur part la plus précieuse : elles n'offraient qu'une heure de ferveur et c'est nous qui l'avons vécue."

 

                                                                    Antoine de Saint Exupéry

 

 

 

 

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Khader - 1989

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Les confins de la Tadrart - 1989